Pendant un an, je me suis formé au développement web frontend en distanciel avec OpenClassrooms. Je vous explique comment s’est passée cette formation, comment il faut selon moi l’aborder et ce que j’en ai tiré.
Quand je cherchais des informations sur une école ou une formation à distance pour une reconversion dans le développement web, j’ai lu beaucoup de témoignages sur l’école en ligne OpenClassrooms. Beaucoup de bien, comme beaucoup de mal. Il ne faut pas trop se fier à tout ces témoignages, on en tout cas ne pas baser sa décision finale sur ceux-ci : votre expérience va beaucoup dépendre de vos conditions de travail, du temps et de l’énergie que vous pouvez y consacrer.
L’important est de savoir à quoi s’attendre. Vous serez peu encadré, vous devrez vous former la très grande majorité du temps seul, et il va falloir consacrer beaucoup de temps à l’apprentissage des différentes notions, surtout si comme moi vous n’avez pas de bagage technique.
Printemps 2019 : chômage et JavaScript
J’ai quitté mon dernier poste de journaliste au printemps 2019, avec comme objectif de démarrer une formation à la rentrée suivante. Je savais que les dossiers de financement pouvaient prendre un temps fou à être montés. Si vous souhaitez obtenir un financement d’un organisme, prévoyez plusieurs mois d’allers et retours mails et postaux. Pour ma part, le conseil régional devait valider mon financement, ce qui en soit a déjà pris plusieurs semaines.
Durant ces quelques mois d’attente, j’en ai profité pour faire les premiers tutoriels basiques du développement web : HTML, CSS et JavaScript. Je partais de connaissances très limitées. J’étais à l’aise avec l’informatique, avec internet, mais les langages m’étaient totalement étrangers.
Mon premier conseil serait celui-ci : avant de vous lancer dans une formation frontend, apprenez les bases du JavaScript. La logique vaut sans doute pour d’autres parcours ou d’autres langages. L’idée est de ne pas tomber sur votre premier projet JS en n’ayant aucune idée de ce qu’est un langage de programmation. Jetez aussi un œil à Eloquent JavaScript, lisez le blog de Medhi Zed, Je suis un dév et ses supers articles sur le JS (celui-ci, ou encore celui-là). Posez des questions débiles à Google : il y a toujours quelqu’un pour y répondre, que ce soit sur StackOverflow ou sur Quora.
Rentrée 2019 : WordPress
J’ai donc démarré la formation en septembre 2019, avec 12 mois devant moi pour la boucler. Premier constat : oui, on est très seul pour apprendre. Pas de professeur en direct, pas de groupe de classe avec lequel échanger. Vous êtes souvent seul face à votre page de cours ou votre documentation.
Votre mentor est là pour vous débloquer, via la messagerie ou lors des sessions hebdomadaires, mais il faudra surtout compter sur vous-même pour vous sortir des difficultés. L’avantage, c’est que cela vous apprend à chercher avec les bons mots-clés et à vous autonomiser. Il y aussi le Workplace d’OpenClassrooms, un réseau social géré par Facebook qui vous permet d’échanger avec d’autres étudiants, et d’organiser des sessions de coworking si le cœur vous en dit.
Les cours m’ont semblé très bien, j’ai beaucoup aimé le côté « pas à pas ». Bien sûr, si vous avez un peu d’expérience, de la documentation technique sera bien plus efficace, mais moins didactique. La doc sera aussi plus à jour, bien qu’OpenClassrooms fasse un effort pour mettre régulièrement ses cours à la page.
Mes premiers projets WordPress étaient simples à mettre en place : il n’y avait pas vraiment de programmation, c’était surtout de la configuration de site. L’enjeu n’était pas technique, c’était plutôt une façon de se préparer à ce qui allait rythmer un an de formation : les soutenances.
Avec ma mentor, Tiffany Lestroubac, j’avais ce rythme-là : des objectifs fixés d’une semaine à l’autre, avec l’idée générale de garder un bon rythme de soutenance (une tous les mois, si possible). L’objectif, j’y reviendrais, était d’être tranquille pour le stage de fin de formation.
Les soutenances : comme un rendez-vous professionnel
Les soutenances ont lieu avec un autre mentor que celui qui vous est attitré. Elles sont enregistrées, durent de 30 minutes à une heure, et se passent généralement « en condition » : c’est-à-dire que vous jouez le rôle d’un développeur et son client, à qui vous faites un rapport sur le projet qu’il vous a demandé de réaliser. Cette méthode a l’avantage de vous mettre « dans le bain » et de vous forcer à couvrir beaucoup de points auxquels vous serez confrontés par la suite dans votre vie professionnelle : sécurité, performance, mais aussi degré de précision dans les explications, requis par un client ou un supérieur hiérarchique.
Là aussi l’expérience varie beaucoup d’un examinateur à l’autre : certains vont vous mettre des coups de pression sur des détails, pour voir si vous avez vraiment creusé le sujet. D’autres veulent juste que vous soyez à l’aise, vérifient que vous avez fait les choses comme il faut, et vous valide votre projet. L’un d’entre eux m’a fait refaire entièrement un projet parce que je n’avais pas assez utilisé à ses yeux la programmation orientée objet. Avec d’autres, ce serait sans doute passé. Bref, chaque examinateur a un peu sa vision du cahier des charges, il faut donc savoir parfois ̶s̶e̶ ̶p̶l̶i̶e̶r̶ s’adapter.
Les projets : tirez-en le meilleur parti
Les projets sont très variables en terme d’exigence. Dans mon parcours, j’ai du faire un générateur de citations en JavaScript, ce qui m’a pris une journée, puis j’ai dû faire un jeu de plateau au tour par tour en jQuery, ce qui m’a pris un mois. Le temps d’apprentissage peut prendre beaucoup de temps, ce qui est tout à fait normal. Mais il faut voir les projets comme des moments uniques dans sa carrière où l’on pourra explorer les sujets à fond, prendre des journées entières sur des détails qu’on n’a pas bien compris et expérimenter. Bien sûr, on continue d’apprendre une fois qu’on bosse (on n’a de toute façon pas le choix), mais au moins, dans ce contexte de formation, il est normal d’y consacrer beaucoup de temps.
Aussi, n’hésitez pas à essayer des librairies, de rajouter un framework par dessus un projet, de sortir un peu du cadre établi par la formation, en accord avec votre mentor bien sûr, histoire de ne pas se faire recaler en soutenance. Certains font même les projets en respectant le cahier des charges, puis se font un doublon du projet avec un framework ou des librairies (mais il faut une sacrée dose de motivation).
Faites un stage, faites un stage, faites un stage
Dès le début de ma formation, je me suis mis en quête d’un stage de longue durée pour le dernier projet. Vous pouvez aller jusqu’à 6 mois, alors n’hésitez pas et faites-le. Il y a une marche énorme entre la formation et le monde professionnel, en particulier en distanciel, et bosser avec des développeurs et un maître de stage vous fera monter en compétence sur de nombreux aspects.
L’aspect le plus difficile à mes yeux, que je n’avais pas du tout anticipé : la culture d’entreprise « tech ». La méthode agile, les différents postes-clés, sans parler du vocabulaire propre à la tech et à l’entreprise à laquelle vous vous confronterez. Après 10 mois de formation, je n’ai rien compris à ma première réunion. « On va recetter le tour guidé en pré-prod, j’ai poussé un fix sur la branche dev… » Au premier jour de stage, quasiment tous ces mots m’étaient étrangers. Or, ce vocabulaire est vital pour communiquer avec d’autres développeurs ou des chefs de projets, et malheureusement la formation ne suffit pas à s’y former*. Il est certainement possible de démarrer un contrat avec une entreprise en surnageant au début. Mais pour moi, c’était bien plus confortable d’être en position de stagiaire pour me faire à ce jargon et à ces méthodes de travail. D’autant qu’on les retrouve dans la plupart des entreprises avec une équipe technique, dès qu’elles atteignent une certaine taille.
Les bonnes conditions
Un point important je pense, et qui est très personnel : j’étais dans les conditions idéales pour apprendre. J’étais déjà habitué au télétravail et à bosser en solitaire. D’un point de vue matériel, j’avais tout ce qu’il me fallait (ordinateur fixe, bureau, chômage, formation financée), je n’avais pas de travail à assumer en parallèle, ni d’enfants à m’occuper, et je crois que c’est important de le dire ! C’est sans doute possible d’y parvenir avec un peu plus d’obstacles, mais cela demandera plus de motivation et de courage.
En terme de temps de travail, lorsque je n’étais pas en stage, j’occupais mes journées avec des horaires de bureau classique (9 heures – 17 heures), avec des journées parfois plus courtes, et des grosses sessions lorsque les soutenances approchaient. Les 5 premiers mois de la formation ont été plus légers que le reste (je dirais que je consacrais 5 heures par jour sur les projets), mais il ne faut pas oublier que j’avais déjà passé beaucoup de temps à apprendre le HTML, CSS et le JS avant de commencer la formation.
Bref, les conditions matérielles sont essentielles pour aller jusqu’au bout d’une formation avec OpenClassrooms. La réussite et l’insertion professionnelle qui en découleront dépendent, je pense, de l’énergie que vous voulez et, surtout, que vous pouvez y mettre.
*Vous pouvez aussi faire une formation en alternance, c’est sans doute « la voie royale », mais je ne connais pas du tout cette façon de procéder et les difficultés auxquelles on fait face !